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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 01:57

Pop-goes-the-weasel-by-Chris-Mars.jpg

Pop goes the weasel by Chris Mars

 

 

Comme il était beau dans son costume d’illusionniste, maniant les semblants comme nul autre artiste.

Comme il était beau dans son costume d’amant, celui qui demande, qui prend tout et qui rend. Comme il était beau quand il était montait sur scène, quand il tenait son rôle et qu’il te faisait reine.

Comme il était beau quand il semblait sincère

Comme il était beau dans la lumière…

 

Les spectacles de magie sont comme les grands illusionnistes, ils nous font rêver jusqu’à ce qu’une ombre les ternisse. Rien de plus fascinant qu’un magicien au travail, rien de plus attristant qu’un mime esclaves de ses batailles.

Il balance du rêve, et des étoiles, et des paillettes, et toi tu bois ses mots, ses regards, tu en perds la tête. Tu suivrais la roulotte jusqu’au bout de la tournée, même si les spectacles ne te sont jamais destinés. Tu l’étreindras le soir, lui disant qu’il fera mieux demain. Tu ramasseras le verre en te faisant saigner les mains. Tu partageras ses peines, ses peurs, ses monstres et ses folies, jusqu’à les faire tiennes, jusqu’à ce qu’il les oublie. Tu donneras de ton âme, de ton sang, de tes tripes, pour faire vivre un magicien qui ne se sent bien que dans son mythe. Tu  lâcheras sur ta vie pour faire consister la sienne, tu marcheras dans l’ombre pour qu’il puisse monter sur la scène.

L’illusionniste est beau parleur, l’illusionniste endort tes peurs. Dans le vacarme assourdissant de tout ce qu’il traîne en lui, ton silence de plomb résonne plus que tes cris.

He gave you wings, and proofs and smiles, a thousand fucks to bring you to life. He gave his time, he shared his life and said things no one ever said to you. Do you still think that your messiah is gonna save you now ?

Le spectacle est à durée limitée. Tu prends ton ticket comme n’importe quel autre clampin, tu viens voir de la mise en scène, de l’illusion, du mensonge, des tours qu’envoient du rêve. Tu retardes l’échéance, tu ralentis le compte à rebours, tu refuses de quitter le chapiteau, tu t’accroches aux balustrades, tu rampes, mécanique, tu pleures pour une autre minute de bonheur. Tu flattes l’égo de l’acteur, quitte à y perdre ton honneur, la dignité c’est pour les durs, toi tu t’en fous tu t’abjures.

Ton numéro fonctionne un temps, le magicien devient enfant. Il se lasse vite, il en a marre, c’est toi qui redeviens le chiard. On t’attrape par le fond du slip, tu sens plusieurs mains qui t’agrippent, et sans que t’aies eu le temps d’ouvrir les yeux, tu atterris sur le sol boueux.

Hors du chapiteau, les nuages sont noirs et menaçants. Tu vires le reste de terre que tu retrouves entre tes dents. T’essuies tes yeux mouillés d’un revers de main décharnée… tu te demandes à quel moment tu t’es laissée épuiser.

L’illusionniste est dans sa loge, la fantaisie est terminée. Demain il partira pour la suite de la tournée. Il n’a besoin que d’un coton et d’une serviette pour virer le maquillage qui faisait de lui la vedette. Ce soir il s’endormira paisiblement, en pensant aux prochains cris joyeux des enfants.

Et toi, sombre folle, tu erres autour du chapiteau comme si le sillon que t’y creuses l’empêcherait de partir tôt. Tes amis viennent te chercher, ils te ramènent à manger, te demandent de revenir vers la ville, de quitter le site qui deviendra vite terrain vide. Tu résistes un peu, parce que t’as déjà vendu ton âme, mais sans force ni volonté, tu restes sommes toutes malléable. On te promet d’autres spectacles, d’autres étoiles, et fééries, tu t’en balances pas mal, c’est ici que t’as laissé ta vie. Comme on te traine de force, alors que le jour se lève, tu voies l’illusionniste en civil qui pour partir se démène. Défaire les installations l’une après l’autre, pour les ranger nonchalamment dans sa roulotte. Et tu le regardes s’éloigner dans une traînée de poussière, que tu te prends dans la gueule et qui te laisse un gout amer.

Tu attendras la prochaine tournée pour le voir entrer dans la lumière, tu le reconnaîtras et cela te rendra fière.

 

Comme tout illusionniste, il a besoin de son public, mais pour que la magie fonctionne il faut qu’il se renouvelle vite.

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