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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 22:20

Acte I, scène 1

Rencontre, ratages, et arrimage

 

Acte I, scène 2

Mise en place d’un nouage serré

 

Acte I, scène 3

Traversée idyllique

 

Acte I, scène 4

Fin des festivités, et tourbillons chaotiques

 

Acte II, scène 1

Nouveau départ

 

Acte II, scène 2

Feels like heaven

 

Acte II, scène 3

Disparition magique.

 

Rideau.

 

Le metteur en scène, rôle principal, tire le rideau et laisse le deuxième rôle en plan de l’autre côté de la scène. Il se passe quoi ?


Pourquoi personne ne m’a dit que c’était un contrat intérimaire ? C’est pas ce qu’on avait dit au départ… Je fais quoi ? Pourtant, j’ai assisté à tout, essayages, costumes, défilés, mise en place du décor, changement de décor, constructions, mises en scène, répétitions… Le script a pas été écrit comme ça à la base, c’était plus beau, ça durait plus longtemps. Et la complicité entre les acteurs ? et les éclats de rire ? Le public va se rendre compte d’un truc qui cloche.

Est-ce que ça fait partie de la pièce ? Est-ce qu’il faut regarder le rideau fermé qui se présentifie ? Est-ce qu’il faut partir parce que la pièce est finie ?

« y’a quelqu’un ? »

Personne ne répond, et pourtant le rideau bouge, y’a même eu un peu de lumière pendant un temps.

Je ne peux pas partir, je ne peux pas perdre ce rôle.

Je ne peux pas rester, ça fait 8 jours que j’attends derrière le rideau, et toujours rien. J’ai même pas mangé.

Est-ce que je suis viré ? Est-ce que c’est un test, une blague ? Est-ce qu’il est arrivé quelque chose au metteur en scène ? Est-ce qu’il n’a pas réussi à trouver à quelle place il pouvait me mettre ? Est-ce qu’il a peur de me dire de remonter sur scène parce que ça fait 8 jours que j’attends ? Est-ce que le précédent second rôle réclame sa place ?

 

 

Peu à peu tu sens les fils accrochés à tes bras se faire très lourds. Ils te portent encore, parce que tes jambes ne le peuvent plus. T’es pas sorti de scène tout seul, on t’a poussé. T’as été mis en place de spectateur, t’y es pas allé de ton plein gré. Ou peut-être un peu. 

Et tu te damnerais pour pouvoir rejouer rien qu’une scène, un acte. Faire une tournée… Mais... est-ce que ça fait partie de la pièce ? Est-ce que c’est un problème technique, ou est-ce que ce sera pareil à chaque représentation ? Qui joue, et qui regarde ? T’as oublié de jouer ton rôle, perdu que t’étais dans tes fils invisibles. Tu l’as laissé écrire le scénario sans même t’en rendre compte. Il a tout modifié et t’as laissé faire parce que sa version était vachement mieux que la tienne. Mais maintenant qu’il a repris le script, qui joue ? Et qui regarde ? Et combien de temps, avant que le rideau fermé ne provoque plus aucune émotion, ne convoque plus aucun sentiment ? Combien de temps avant que tu te décides à lâcher la pièce, et tant pis pour les acteurs ? Que tu te décides à faire un casting ailleurs ? Ou de prendre des vacances.

Parce que pendant que tu te laisses crever derrière ton rideau fermé, les figurants montent sur scène. Il les fait monter, les fait descendre. Et toi t’attends ton tour, con que t’es. Et comme t’as rien de mieux, t’attends encore…

 

*****

 

 

à propos de La bête dans la jungle, Henry James

Extrait de cours, E. Borgnis-Desbordes :


John Marcher attend et a toujours attendu. Il vit pénétré de la certitude que sa vie, tôt ou tard va être bouleversée. Fascinée par cet homme si sûr de son destin, May Bartram décide de partager l’attente mais non sans interpeller John Marcher sur son engagement de désir. C’est elle qui attend, qui est capable de supporter l’attente, parce qu’elle est amoureuse. […]

John aimerait savoir, là où May aimerait qu’il la désire. […]

May, elle, fait le choix d’attendre, de se soumettre au bon vouloir de cet homme qui tarde à reconnaitre ce qui pourtant est là sous ses yeux : la présence d’une disparité radicale entre les êtres et les positions liées à un réel qui, en creux, détermine les places et les positions de jouissance. May a une longueur d’avance car elle sait, elle, ce qui de la jouissance et du semblant est disjonctif. […]

May a engagé son être et peut donc attendre, elle n’a plus rien à perdre. Marcher, lui, se débat comme sujet aux prises avec ses aveuglements et contradictions. […]

Le scénario est écrit d’avance dès la première rencontre. May devra se retirer comme trace et comme présence pour que Marcher puisse s’autoriser à désirer et à aimer. « Il comprit brutalement que ce qu’il avait laissé passer, c’était elle, May Bartram». Il fallait qu’il le perde pour qu’il réalise qu’il le possédait. « Qu’est-ce que cet homme avait possédé qui, une fois perdu, le torturait ainsi tout en le laissant en vie ? » et « ce qu’il regardait d’un air hébété n’était autre que le vide bruyant de son existence. Il fixait ce vide, soupirant et souffrant ». Il lui fallut le vide de présence de May pour mesurer la présence d’être à côté de laquelle il venait de passer. Il était face au vide, amoureux.

La disparité était évidente. May est partie en ayant vécu parce qu’elle n’a jamais cessé de l’aimer et qu’elle a consenti, amoureuse, à un bord d’existence auprès de lui. Lui n’avait jamais pensé à elle qu’à travers le froid intérêt de son égoïsme et à la lumière de l’utilité qu’elle avait pour lui. […] « May Bartram s’était alors détournée de lui désespérée […] Il avait échoué exactement là où il devait échouer ». Echec de l’être et réussite de l’inconscient.

 

 

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